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Vos données biométriques contre du poulet frit

6 septembre 2017
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Ce n’est plus du domaine de la science-fiction. Depuis le 1er septembre 2017, les résidents de Hangzhou en Chine peuvent payer leur poulet frit… avec un sourire. Le projet pilote, nommé « Smile to Pay », permet aux consommateurs de payer leur repas dans la chaîne de restauration rapide KFC par reconnaissance faciale. Nul besoin de sortir son portefeuille.

Il s’agirait d’une première mondiale.

Yum Brands inc., multinationale dans le domaine de l’alimentation (outre KFC, pensons notamment à Pizza Hut et Taco Bell) a élaboré le projet « Smile to Pay » en partenariat avec le géant Chinois Alibaba, plus spécifiquement sa plate-forme AliPay, laquelle se spécialise dans les paiements en ligne.

Le procédé peut être résumé simplement : le consommateur se présente à une borne de paiement, laquelle est équipée d’une caméra 3D. Cette caméra filme plusieurs points dans le visage (plus de « 600 fonctions faciales » seraient captées) et, à l’aide de puissants algorithmes, fait un lien entre l’amateur de poulet et son compte AliPay, lequel doit être préalablement activé. KFC et AliPay ont lancé une vidéo montrant leur nouveau système à l’œuvre.

Évidemment, afin que l’on puisse « payer en souriant », on doit préalablement enregistrer la photo de son visage et l’ajouter à son compte AliPay. Comme ce géant du paiement en ligne revendique quelques 450 millions d’abonnés à travers le monde, celui-ci dispose maintenant d’une banque de données biométriques pour le moins impressionnante!

Cette nouvelle percée dans l’utilisation des données biométriques ajoute aux nombreux questionnements quant à la collecte, l’utilisation et l’entreposage de ces données hautement personnelles à des fins commerciales. D’autant plus qu’il s’agit maintenant de photographies 3D, beaucoup plus élaborées que celle sur votre permis de conduire.

Aux États-Unis, en 2014, le gouvernement avait lancé des consultations afin d’établir des normes (un guide des bonnes pratiques) pour encadrer la reconnaissance faciale, sans toutefois légiférer. En juin 2016, la National Telecommunications and Information Administration (NTIA) a subséquemment émis ses Privacy Best Practice Recommendations For Commercial Facial Recognition Use.

Or, certains trouvent que le gouvernement états-unien ne va pas assez loin. Ils qualifient la reconnaissance faciale d’un « cauchemar » pour la protection de la vie privée et demandent au Congrès de légiférer afin d’éviter un scénario orwellien, tel qu’évoqué dans cet article du magazine Fortune :

« More can be done. Canada and European countries are at least trying to keep some limits on facial recognition, including by restricting the use of automated “tagging” features. It’s time for a U.S. lawmakers to get a handle on this. Otherwise, our faces could unlock a surveillance state more controlling than anything even George Orwell could have dreamed up. »

À noter cependant que selon le spécialiste états-unien Ben Sobel, même si aucune loi fédérale n’encadre spécifiquement la reconnaissance faciale, des lois déjà en place dans certains états rendraient celle-ci illégale.

Plus près de nous, au Québec, la question de la reconnaissance faciale pose de nouveau la question de l’encadrement juridique de l’utilisation des données biométriques, alors que nous faisons déjà face à un flou juridique dans plusieurs situations. Pensons uniquement à l’application des articles 44 et 45 de la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l’information, lesquels traitent de la vérification de l’identité d’une personne à l’aide de ses données biométriques et la constitution de banque de données biométriques.

En Chine, cependant, le processus de reconnaissance faciale n’est pas nouveau. Depuis l’année 2016, les touristes souhaitant se présenter à Wuzhen, une ville historique chinoise, peuvent payer par reconnaissance faciale, sans avoir besoin de leurs pièces d’identité. On y voit notamment une façon de prévenir la revente illégale de billets : comme ceux-ci sont nécessairement liés à un visage en particulier, ils ne peuvent être transférés a d’autres personnes.

Il appert qu’en Chine, le gouvernement et les entreprises font face à beaucoup moins de contestation relativement à l’utilisation et le stockage de données biométriques. Le Parti communiste, sans opposition, en profite également pour lancer son économie à fond de train dans l’intelligence artificielle :

« The speed of deployment for facial recognition in China follows the country’s commitment to boosting its capabilities in artificial intelligence. In July, Beijing openly committed to making AI a “new, important” part of the economy by 2020. While overseas tech giants could implement similar technology at an equivalent speed, or much faster, public resistance will likely slow those efforts. Chinese people, on the other hand, tend to be less wary about sharing personal information online. And the Communist Party, facing no political opposition or democratic checks, can implement controversial technology with little pushback. This all means that facial recognition in China looks set to steadily move beyond few novelty cases toward near ubiquity. »

Payer son poulet frit en échange de ses données biométriques appert être uniquement le début d’une (nouvelle) révolution mondiale dans le domaine des technologies. Selon les rumeurs, le iPhone 8, qui sera dévoilé d’ici quelques jours, intégrera une nouvelle fonction de reconnaissance faciale. À partir de là, les applications dans la vie courante seront infinies…

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